vendredi 20 octobre 2017

Sternberg





de Jacques STERNBERG 

La poussière




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Bien que né à Anvers, Jacques Sternberg (1923-2006) ne raconte pas sa vie comme une histoire belge. Il l'évoque en quelques chiffres : 30 emplois différents, 39 livres publiés abordant tous les genres, plus de 1000 chroniques parues un peu partout, un film pour Alain Resnais, une pièce créée par la Comédie-Française, 300 000 km en Solex et 20 000 miles en dériveur.



 

Vélosolex ref.1010, 1957



Le même Vélosolex. La cycliste se nomme Brigitte Bardot.




La poussière 

Dieu était arrivé à bout de ses peines quand il pensa à celles qu'il réservait à l'homme récemment créé et il fut assez satisfait de les résumer en affirmant : « Né de la poussière, tu seras destiné à redevenir poussière. »
Et pour peaufiner le sadisme de sa trouvaille, il donna à l'homme la conscience de n'être que poussière et l'intelligence d'inventer un jour l'aspirateur.


Jacques Sternberg
in 188 contes à régler
1998



jeudi 19 octobre 2017

Renard







AVERTISSEMENT
 
« Les personnages et/ou les situations de cet extrait étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite. »






22 janvier.


Garde-toi de sourire quand un marchand de papier, avec lequel tu fais affaire, risque un mot d'esprit, sur la poésie.


Jules Renard
Journal, année 1893 






mercredi 18 octobre 2017

Albert SAMAIN. Je n'ai songé qu'à toi ...






Je n'ai songé qu'à toi ...

Je n’ai songé qu’à toi, ma Belle, l’autre soir.
Quelque chose flottait de tendre dans l’air noir,
Qui faisait vaguement fondre l’âme trop pleine.
Je marchais, on eût dit, baigné dans ton haleine.
Les souffles qui passaient semblaient rouler dans l’air
Un souvenir obscur et tiède de ta chair.
J’aurais voulu t’avoir près de moi, caressante,
Appuyée à mon bras dans ta grâce enlaçante,
Et lente et paresseuse, et retardant le pas
Pour me baiser sans bruit comme on parle tout bas.
L’amour vibrait en moi comme un clavier qu’on frôle
Ô câline d’amour bercée à mon épaule !
Et je t’évoquais toute avec ton grand manteau,
Et la touffe de fleurs tremblante à ton chapeau,
Et tes souliers vernis luisant dans la nuit sombre,
Et ton ombre au pavé fiancée à mon ombre.
Il est ainsi des soirs faits de douceur qui flotte,
De beaux soirs féminins où le coeur se dorlote,
Et qui font tressaillir l’âme indiciblement
Sous un baiser qui s’ouvre au fond du firmament.

Tes yeux me souriaient... et je marchais heureux
Sous le ciel constellé, nocturne et vaporeux,
Pendant que s’entr’ouvrait, blancheur vibrante et pure,
Mon âme - comme un lys ! - passée à ta ceinture.


Albert SAMAIN



Attente

Le Baiser


Nikephoros LYTRAS
LYTRAS est un peintre grec né en 1832 et mort en 1904.
(Provenance : Pinacothèque Nationale, Athènes)




(...) "Pendant que s’entr’ouvrait, blancheur vibrante et pure,
Mon âme - comme un lys ! - passée à ta ceinture."



lundi 16 octobre 2017

Desnos




©B.Tanaka




La grenouille aux souliers percés


La grenouille aux souliers percés
A demandé la charité
Les arbres lui ont donné
Des feuilles mortes et tombées

Les champignons lui ont donné
Le duvet de leur grand chapeau

L'écureuil lui a donné
Quatre poils de son manteau

L'herbe lui a donné
Trois petites graines

Le ciel lui a donné
Sa plus douce haleine

Mais la grenouille demande toujours,
Demande encore la charité
Car ses souliers sont toujours,
Sont toujours percés.


Robert Desnos



...Les arbres lui ont donné
Des feuilles mortes et tombées...



Claude Monet
Effet d'automne à Argenteuil, 1873.